Ce travail plastique hybride empruntant à la grammaire cinématographique s’est nourri d’espaces vacants reçus dans des états de grande disponibilité psychique proche d’une non-intentionnalité que l’on pourrait rapprocher du non-agir taoïste.

Le principe du Tao consiste à se placer au milieu du monde, en son centre, d’accueillir toutes les transformations sans s’enliser dans une situation bloquée. Grâce au vide, l’homme s’harmonise avec les mouvements du cosmos se trouvant ainsi à la source des images et des formes.

Dans les clairs-obscurs de la série, instances du basculement et interstices du rêve, les images retouchées numériquement jouent sur l’ambiguïté ontologique du médium désamorçant la dite authenticité référentielle. Aucun personnage n’est figuré, seuls des objets et des lieux renvoient paradoxalement par leur présence à l’absence. La tension s’exacerbe entre ce qui se donne à voir et ce qui se devine. Les images-scènes vidées, travaillées par la coupure de l’espace inter-iconique, permettent la mise en mouvement de l’imagination.

Face au mystère du monde, à son caractère flottant et à l’impossibilité d’en connaître le fondement, ces photographies forment un point d’interrogation ne livrant aucune clef, laissant une liberté d’interprétation fictionnelle. L’essentiel est de donner un élan à l’imagination, de prolonger la figure au-delà de la représentation et du visible, de faire basculer l’intérêt du côté du vide, afin que toute contemplation ne soit pas passive, invitant le spectateur à compléter un processus laissé en suspens.